Des Frenchies aux USA

Naissance d’un blog, debut d’une aventure

Nous y voilà… Le projet est devenu réalité. Nous sommes prêts pour notre américanisation.

Et j’avais bien envie de raconter un peu comment tout ça se passe. Les démarches, les nouveautés, les trucs qui nous amusent/choquent/consternent/épatent à propos de notre pays d’accueil.

Donc, ici, c’est MON blog. J’y mets ce que JE veux, na. Ca veut dire qu’il y aura de nos nouvelles, mais aussi des articles sur tout ce qui me passe par la tête et que j’ai envie de partager.

J’ai longtemps hésité entre un blog à accès limité à la famille et aux amis, ou je pourrais sans crainte mettre des photos, ou un blog de renommée au minimum internationale… J’ai choisi pour l’instant l’option numéro 2. Donc, pour le moment, il n’y aura pas nos noms, ni nos photos, de façon à préserver un minimum d’anonymat.

Peut-être qu’à terme, je ne connaitrai pas tout mon lectorat. Mais n’aies pas peur, tu es ici chez toi si tu t’y sens bien. D’ailleurs, si ça ne te gêne pas, on va se tutoyer. Comme les américains.

 

Legal aliens… Comme dans la chanson de Sting, Englishman in New York (si, si, chante avec moi ‘Woho I’m an alien, I’m a legal alien, I’m an Englishman in New York’. Ah, tu vois que tu te souviens!).

 

 Legal aliens aussi parce que c’est ce que nous sommes, selon le formulaire de la sécurité sociale locale : « Legal aliens allowed to work ». Voilà qui est clair.

 

24 septembre, 2012 à 20:47 | Commentaires (13) | Permalien


Vet Day

Ainsi donc, Sa ReF (Royauté en Fourrure), 17 semaines, est venue égayer notre petite vie de sa délicate présence féline (et parfois parfumer notre intérieur de ses crottes matinales merveilleusement odorantes déposées avec grâce le plus loin possible de sa litière).

Hier, il était temps de lui faire son rappel de vaccin.
Nous sommes donc parties, Choupette, Sa ReF et moi-même, à une clinique vétérinaire recommandée chaudement par tout le voisinage (est-ce que le réseau Nextdoor -ou comment tout savoir de ton quartier, même ce que tu n’as pas demandé- existe en France?), non sans avoir troqué mon sac Vuimès, cadeau pour mes 40 ans, pour un banal sac en laine, souvenir d’Écosse, histoire de ne pas me faire assassiner sur le prix forcément fluctuant de la visite juste parce que j’ai faussement l’air de pouvoir payer la consultation 3 fois plus que la personne avant moi.

La dame qui s’est occupée de Sa ReF avant de nous la confier a été très claire : un seul vaccin ! Sa ReF est une petite chose délicate qui réagit mal aux vaccins.
Mais forcément, la véto a eu beau se dire modérée sur le sujet (et c’est vrai qu’elle a dit qu’un seul rappel suffirait au lieu de 2), elle n’a pas manqué de tenter de nous ficher la trouille avec la rage. Comme tout médecin qui se respecte, elle a forcément une anecdote sordide pour contrecarrer ton argument pourtant imparable que Sa ReF ne risque guère de choper la rage vu qu’elle sera un chat d’intérieur et ne posera pas sa noble papatte dehors sous peine de finir en snack du puma local (celui photographié par le voisin en train de boire dans le bassin à oiseaux de leur jardin à 8 heures du matin, par exemple) : une dame à OtterVille est morte après qu’une chauve-souris enragée s’est introduite dans sa maison, a mordu son animal de compagnie qui l’a à son tour mordue.
Et là, tu es partagée entre la crainte (après tout, un pitchoun est mort de la rage il y a peu en France, et très clairement je ne veux pas tenter l’expérience avec mes filles) et une envie irrépressible de rire parce que… zut… une chauve-souris enragée quoi…. Y’a que moi qui pense à Bigard (Oui, j’ai un peu honte, mais on a la culture qu’on peut) ? 

11 novembre, 2017 à 17:38 | Commentaires (1) | Permalien


Américanisation – Année 5

Il est temps du bilan quasi-annuel (pour rappel, voici le premier bilan : ici)
Sommes-nous désormais de vrais californiens?
Je te laisse juger, tu me diras dans les commentaires :

- Nous avons remplacé notre mini-BBQ à charbon qui grillait 3 saucisses par une énormité à gaz sur lequel on peut faire cuire 22 steaks à hamburgers (pas qu’on pense faire un jour cuire 22 steaks hachés en même temps… mais si on le voulait, on le pourrait!).
– LHomme est professeur de yoga agréé après une formation de 200 heures avec TheGrandGourou l’année dernière.
– Grandounette a rejoint l’équipe Junior Varsity de volley de son lycée et s’entraîne donc 2 heures par jour après l’école, plus les matchs et tournois.
– Choupette fait du chant le lundi, du volley le mardi, du cirque le jeudi et de la clarinette dans l’orchestre de l’école le vendredi
– Nous avons maintenant une assurance santé américaine. Les termes co-pay, deductibles, out-of-pocket maximum, HSA, HMO, HRA n’ont presque plus de secrets pour nous. D’ailleurs, je te raconte bientôt.
– Au bout de 5 ans, nos voisins propriétaires se sont enfin rendus compte de notre présence locative parmi eux et nous convient désormais à leur réunion-margarita mensuelle. C’est con, on va partir…
– …Car on a des plans d’achat de maison. Nous avons bel et bien totalement perdu pied avec la réalité financière de ce monde et restons de marbre face aux prix de l’immobilier local. Un jour prochain, quand l’euro en aura fini de sa chute vertigineuse, nous allons comme des grands et sans pleurer aller voir notre ami le banquier pour demander un prêt d’un million de dollars pour acheter un palace un manoir une villa énorme avec 8 chambres, piscine et jaccuzi une basique maison T3, dans laquelle toute la déco sera à refaire, avec vis-à-vis « je vis chez mes voisins » et 50 mètres carrés de jardinet envahi de gophers.
– Cet hiver, nous irons skier au lac Tahoe.
– Je sais cuisiner le kale et je suis tatouée (bon, ça, ça fait 3 ans, mais je n’avais pas encore fait mon coming-out sur ce blog)

Alors, verdict? Peut-on encore nous sauver ou sommes-nous cause perdue?

27 octobre, 2017 à 16:03 | Commentaires (6) | Permalien


Les voyages de Sniff – L’Islande

Et oui, je sais, c’était en juin dernier !
Mais ça valait le coup d’attendre, les photos sont magnifiques.

Sniff en Islande

Et toi, l’Islande, ça te dit?
Tu y es déjà allé(e)? Ça t’a plu? Des conseils?

13 octobre, 2017 à 17:56 | Commentaires (1) | Permalien


O captain! My captain!

Donc voilà, je suis prof.
Ce n’est pas une seconde ce que j’imaginais faire de ma vie. Je pense même qu’adolescente, j’ai dû dire/penser quelque chose comme « plutôt crever qu’être prof! » (quotidiennement à plusieurs reprises).
Malgré tout, une fois éliminées les idées un peu niaises (juge pour enfants -genre !!!-, journaliste sportif pour épouser Gustavo Kuerten, chanteuse dans les Misérables) et/ou floues  (Commandant Cousteau, Haroun Tazieff) de mon enfance et adolescence, je dois bien admettre qu’à la fac j’avais 2 métiers sérieux et à peu près réalisables en tête : traductrice pour le cinéma ou prof de français dans un pays anglophone. Je ne peux donc pas trop me plaindre, je fais l’un des 2 (et l’autre n’est plus si inaccessible maintenant que Netflix est à un pet de mouette de chez moi et me harcèle sur LinkedIn).
Au final, j’aime plutôt bien mon boulot.

Et même si ce n’est pas un métier que je fais par passion, j’y passe un temps fou, en préparations, corrections, formations.
Il n’est pas question que j’arrive devant mes élèves pour improviser un cours. J’essaye de rendre les leçons amusantes autant que possible.
J’essaye de corriger mes copies rapidement et de commenter le travail de mes élèves de manière constructive en leur donnant des conseils dont ils se fichent comme de leur première paire de chaussettes rouges et jaunes à p’tits pois (car, oui, on fait Dorothée en Français 1) sur comment s’améliorer si dès fois ça les intéresse.
Je m’intéresse un tant soit peu aux nouvelles tendances dans l’éducation pour voir si je ne peux pas améliorer mes cours, ma notation, mes projets…
Je me soucie de mes élèves et je fais attention à eux.

Alors, désolée si je généralise sur la base de quelques cas tordus, mais j’en ai assez qu’on glorifie des gens sans se poser de questions au détriment de tous ceux qui font leur travail sans chichi, mais qui le font bien et de maniète éthique.

Donc, lecteur, si tu as des enfants à l’école, et surtout si tu as des ados, dis-leur bien ça : si ton prof prépare ses cours, s’il t’apprend 2 ou 3 trucs dans l’année, s’il change ses activités de temps en temps, s’il prend le temps parfois de remarquer ta nouvelle coupe de cheveux, s’il vérifie que ça va quand tu arrives avec la tête à l’envers en cours, s’il te demande si tu vas mieux quelques jours plus tard, c’est déjà franchement bien. N’en demande pas plus.

Pourquoi? Parce qu’aussi fort que soit ton désir d’ado mal dans ta peau de trouver un mentor qui te prendra sous son aile et te guidera vers un avenir radieux, aussi enthousiasmant soit-il de tomber sur un prof qui semble te comprendre bien mieux que tes parents ces bâtards et partager ta souffrance adolescente, je suis désolée de le dire, mais c’est juste zarb.
Un prof adulte, il a une vie à côté de son boulot et le soir il rentre chez lui retrouver ses amis, sa famille, son chat et/ou sa télé… pas toi et ta bande de potes au cinéma ou sur Instagram. Il comprend ta souffrance adolescente mais il ne la partage pas parce qu’il n’est plus un ado lui-même. Si tu lui confies des problèmes sérieux, il va t’aider en te dirigeant vers des personnes compétentes, pas en t’invitant à boire un café pour en parler seul à seul. Un prof adulte, il ne partage pas ses photos de week-end avec toi. Il ne partage pas ses problèmes personnels avec toi. À moins qu’il soit ami avec tes parents (pour l’avoir vécu, crois-moi, je compatis), il ne viendra jamais chez toi, tu n’iras jamais chez lui.

Dans ma vie, j’ai croisé 3 profs très trop proches de leurs élèves. Dans 2 cas sur 3, l’envers du décor est soupçonné d’être très très moche.
Il y a eu ma prof d’histoire en terminale, à WeshWeshVille, back in the days, qui se vantait de n’aimer que les terminales ES (donc nous) et de détester les S. On aimait ça, nous les mal-aimés de l’orientation, de s’entendre dire qu’on était plus cools que les S et plus intelligents que les L. Elle emmenait chaque année sa terminale ES au ski et elle passait sa soirée au café à picoler entourée d’une clique d’élèves enfumés et enamourés pour disserter sur des sujets hyper sérieux comme « le préservatif tue-t-il l’amour » (sans laprofdallemand et moi-même qui avions choisi de nous amuser bien plus avec une petite bande d’irréductibles en faisant de la luge sur les pistes désertées). Puis, elle se régalait des rumeurs qui couraient à son sujet sur ses relations particulières avec ses élèves de la gente masculine et se mettait en scène sur la photo de classe en se plaçant au milieu des garçons de la classe. Accessoirement, elle surnotait les garçons populaires qui ne comprenaient pas trop en juillet comment ils avaient pu avoir 15 toute l’année en histoire et se taper 7 au bac.
À la lumière de mes découvertes ultérieures sur ce genre de personnalités, je ne peux m’empêcher de me demander maintenant ce qu’il y avait vraiment derrière ces rumeurs. Peut-être que dans son cas à elle, c’était juste de la poudre aux yeux pour flatter son ego vieillissant d’alcoolique tout en emmerdant le proviseur du lycée. Mais était-ce tout? Les garçons, après tout, ne sont pas non plus à l’abri de personnalités manipulatrices qui savent parler doux pour obtenir des faveurs.

Puis, il y a eu M. Gwendal, l’instituteur de Grandounette quand nous sommes arrivés aux USA. M. G, français immigré aux US depuis 20 ans,  jeune papa d’un fils de un an qui était pourtant très (trop?) souvent présent à l’école. On pensait qu’il travaillait dur. Peut-être aussi qu’il travaillait dur.
En tout cas, il était là à beaucoup d’événements de l’école, avec son appareil photo. Ça tombait quand même super bien, un instit qui est bon photographe et toujours disponible.
M. Gwendal, c’était la perle rare, le français parfaitement bilingue, passionné par son métier, leader d’un club de jeux de société que les enfants adoraient, faisant forte impression sur les petits garçons et leurs mamans.
Sauf qu’un jour on a trouvé des trucs pas nets « concernant des enfants » (dixit la police) sur son ordinateur et qu’en réaction il a choisi de fuir en France en plantant sa femme et son fils. Il n’est jamais revenu et n’a jamais été jugé.
On ne saura jamais les détails (quel genre de trucs pas nets?) ni la fin de l’histoire (était-il coupable ou innocent?).
Aujourd’hui, je te rassure, m. Gwendal va bien. Même s’il ne pourra jamais remettre un orteil aux Etats-Unis où vivent son ex-femme et son fils, il s’apprête à entamer une brillante carrière de … prof! en France. Car, oui, joie bonheur dans les coeurs, m. Gwendal a eu son Capes en juin dernier!
(Oui, j’ai prévenu Mr Frizzy, le principal de SuperÉcole, qui a appelé la police qui a appelé l’US authority qui a appelé la France -et c’est là que je perds confiance que quoi que ce soit ait été fait-, et le rectorat de l’académie concernée qui n’a jamais répondu)

Enfin, tout récemment, il y a eu Mr T., rien moins que Le Héros de JustForBoys High! Prof d’anglais et de théâtre pendant des années, sa mort subite cet été a brisé le coeur de nombreux élèves, collègues et parents.
Le lycée lui a rendu un vibrant hommage, over over the top, à l’américaine.
Les témoignages dithyrambiques se sont succédés pour rappeler son dévouement, son rôle de leader naturel, de presque-dieu. On allait même renommer le théâtre en l’honneur de ce prof si proche de ses élèves qui a touché tant d’adolescents et adolescentes.
Sauf que voilà, une bien vilaine rumeur suffisamment crédible pour être prise au sérieux par l’administration a commencé à se répandre qu’il n’aurait pas touché certaines adolescentes que moralement. Et voilà qu’il n’y aura finalement pas de théâtre Mr T, qu’il a fallu réimprimer 2 fois les agendas et calendriers des élèves (une première fois pour changer le nom du théâtre en « Mr T’s theatre », une deuxième fois pour revenir au nom d’origine)… parce qu’une fois encore, le Héros de l’école avait, soupçonne-t-on, une face bien sombre.

 Alors, amis profs qui me lisez et qui faites consciencieusement votre travail en maintenant fermement une barrière entre vos élèves et vous, entre votre métier et votre vie privée : merci, et bravo!
Et tant pis si personne n’aura l’idée de donner notre nom au gymnase/ à la bibliothèque/la cantine/la machine à café/la salle des profs en notre honneur quand on partira à la retraite.

 

11 octobre, 2017 à 14:52 | Commentaires (2) | Permalien


Imagine Dragons ou pourquoi on ne va pas au concert avec de jeunes enfants

Voici comment les enfants répondent à leurs propres questions :
Choupette, dans la voiture, en arrivant sur le parking, vers 7h30 : – Pourquoi on ne va jamais à des concerts?
Maman : Ben si, là on y va, non?
Choupette : Oui, mais avant on n’y a jamais été.
Maman : C’est que c’est pas bien facile avec de jeunes enfants.
Choupette : Pourquoi?
.
.
.
Choupettte, à 7h45 : J’ai froid !
Choupette à 7h50 : C’est fort.
Choupette à 7h52 : Les bouchons d’oreille me font mal.
Choupette à 7h53, 8h, 8h13, 8h24, 8h46, 8h52, 9h00, 9h03, 9h05, 9h06, 9h07, 9h15, 9h20, 9h24, 9h30 : Ça commence quand la vraie musique? (il faut dire à sa décharge que 2 premières parties, dont une pas trop de notre goût et donc beaucoup trop longue avec un décor de dentition gonflable, c’est un peu abusé)
Choupette à 9h35, soit 3 minutes après l’arrivée du groupe : Je suis fatiguée
Choupette à 9h45, 10h, 10h13, 10h24, 10h46, 10h52, 11h00, 11h03, 11h05, 11h06, 11h07, 11h15, 11h20 : Ils ont pas chanté Believer !
Choupette à minuit, en réponse à la question « mais quand même ça t’a plu? »: Oui, mais + reprise de toutes les plaintes ci-dessus
CQFD !
Bon, et sinon, ça se passe comment un concert aux Etats-Unis?
Eh bien, beaucoup comme en France, en fait.
Quelques différences notables :
- la première partie (ou dans notre cas la première première partie) commence à l’heure pile.
- Il n’y a pas de fosse (en tout cas, pas dans ce lieu), donc pas de gens qui s’entassent 8 heures avant pour être au plus près de la scène. Si tu veux être près de la scène, il faut simplement payer le prix fort.
- Il y a un employé tous les mètres pour te montrer où te garer et par où entrer et sortir du parking, sur plusieurs blocs autour de la salle de concert. On sait pourtant, depuis le temps, que les américains mettent le paquet sur le personnel (remember), mais c’est toujours aussi impressionnant à voir.
- Personne ne fume, alors que c’est en plein air (souvenir ému des concerts de Manu Chao aux arènes de Nîmes, de Renaud au Dome de Marseille et, pire!, de Tiken Jah Fakoli -parce que ça ne fumait pas non plus que du bon tabac de ta tabatière-).
- Comme au théâtre, pas de bis ou d’applaudissements de 25 minutes : quand la dernière chanson est pliée, les spectateurs applaudissent une petie minute puis la lumière se rallume et tout le monde se barre.

Mais sinon, c’est tout pareil : des premières parties dispensables qui te plombent l’énergie du début de concert du groupe que tu es venu voir, une queue interminable aux toilettes pour femmes, une sécurité présente mais assez laxiste sur la fouille des sacs et personnes (2 jours après le massacre de Las Vegas, ça pose question)… rien de bien neuf.

En tout cas, voilà, c’est fait. Notre premier concert en famille (Grandounette avait eu droit à un avant-goût avec Lhomme pas plus tard que la semaine avant grâce à des places gratuites pour aller voir Maroon 5), et c’était bien chouette. Et même si Choupette a fait la tête tout du long, je crois que rétrospectivement elle a bien aimé (décidément, cette petite me ressemble beaucoup trop, c’est inquiétant !).

Par ici les extraits, en qualité pourrie comme il se doit (mais ça pourrait être pire, tu pourrais avoir la totalité du concert filmé par Grandounette avec le son qui grésille à chaque jeu de lumière, donc ne te plains pas trop) :

Gold

Believer (car, si, ils ont chanté Believer !) => Prends patience, l’image devient presque nette après 15 secondes.

Demons

7 octobre, 2017 à 16:59 | Commentaires (2) | Permalien


…and get a free T.shirt

On dit souvent des américains qu’ils sont de grands enfants.
Il m’arrive surtout de penser qu’ils s’infantilisent (oui, tous seuls comme des grands) au maximum.

Par exemple, ce qui ne manque pas de m’agacer profondément de manière régulière, c’est cette propension inouie à penser qu’il faut récompenser le moindre effort fourni.
Pourtant, les américains sont plutôt ouverts au volontariat. Ils donnent de leur temps régulièrement sans rechigner. Alors j’avoue que je ne comprends pas bien d’où vient cette dérive canine de te donner systématiquement un susucre quand tu donnes la papatte. 

Dans ce domaine, à JFG High School, on avait vraiment touché le fond !
La moindre réunion promettait des cookies et des donuts… Quotidiennement, les couloirs résonnaient d’annonces suraiguës braillées sur une note d’enthousiasme totalement surjouée (bref, à l’américaine) : « Hey girls ! Assistez à la réunion super trop importante sur la sécurité routière ce midi en salle 37. Y’aura des cooooookieeeessssss ! », « Hey friend! Tu ne sais pas quoi faire de ton heure de trou aujourd’hui? Viens donner ton sang et sauver des vies, et repars avec un sticker et un donut », « Attention to all ! Le club de personnalisation de maracas t’invite à venir voir les réalisations de ses membres. Free pizza, girls ! ». So long pour la nutrition saine que l’école est censée promouvoir et bonjour le cliché sur l’alimentation des adolescentes.
À JFG, école catholique oblige, on faisait des « drives », c’est à dire que pendant un temps limité on demandait aux élèves d’apporter de la nourriture ou des objets (nécessaire de toilettes, couverture, jouets, dinde surgelée à Thankgiving ou même des vélos). Mais tu penses bien qu’on ne pouvait pas ne pas récompenser les filles qui avaient amené quelque chose. Certes, c’est du don et le simple plaisir d’avoir rendu un enfant heureux en offrant un vélo aurait dû largement suffire. Mais dès fois que,  on récompensait  quand même en leur donnant exceptionnellement le droit de troquer leur uniforme de l’école (une très très courte jupe à carreaux, des UGGS et un sweatshirt détendu bleu, blanc ou gris) contre leur uniforme de californienne (des yoga pants, des UGGS et un sweatshirt détendu de n’importe quelle couleur mais généralement bleu, blanc ou gris) pour une journée.
À JFG, j’ai vite perdu le compte des emails reçus me demandant d’accorder des points bonus à mes élèves si elles allaient à un événement de l’école, peu importe que le lien avec le français ait été plus que ténu (la chorale chante « au claire de la lune » -écrit comme ça-, le groupe de théâtre monte les Mizérables -itou-, le club international montre un court-métrage suédois sous-titré en français, la chanson choisie par l’équipe de danse sample Stromae pendant 1/4 de secondes) voire inéxistant.

Forcément, après, tes élèves ne font plus rien gratuitement et s’attendent à ce que toute action donne lieu à une récompense. Tu lis dans le regard de certains qu’ils tueraient père et mère pour quelques points bonus et ça fiche franchement les jetons !
Si tu ne t’ y mets pas, tu es la méchante prof (rappelle-toi, les perception surveys !).
Si tu t’y mets, tu te surprends parfois à te prendre pour un dresseur d’otaries à Sea World et à confondre ton cartable avec un seau de hareng fumé.

Mais le pire, c’est que ça s’étend aux adultes : on te promet une fitbit si tu vas te faire prendre la tension, on t’offre 10% sur tes courses si tu te fais vacciner contre la grippe, on te file un t.shirt en édition limitée si tu réponds à une enquête de satisfaction… et le pompon, à JFG : on t’offre des cartes Starbucks pour te remercier de venir aux réunions obligatoires (alors que le mot « obligatoire » implique de manière assez évidente que tu n’as guère le choix que d’être là).

Nous finirons donc cet article à l’américaine : les 4 premiers commentaires recevront un donut !

20 septembre, 2017 à 18:42 | Commentaires (1) | Permalien


Cool fog

Ce jour où tu prends conscience que le brouillard de San Francisco est plus cool que toi. Il s’appelle Karl et il a :
un compte Twitter
Un compte Instagram
Et un compte Facebook

16 septembre, 2017 à 17:16 | Commentaires (0) | Permalien


Bringing up bébé

« Bringing up bébé », c’est le titre d’un best-seller américain sur l’éducation à la française.
La première fois que j’en ai entendu parler, c’était par une collègue enceinte de son premier enfant qui me disait fièrement l’avoir lu et noté de bons conseils. Je me souviens avoir froncé les sourcils : vraiment, aux Etats-Unis, on verrait du bon dans l’éducation des parents français??? Weird!
En fait, après lecture, ça s’explique : le livre se focalise quasi-uniquement sur un résultat majeur que les parents américains, ayant un chouia tendance à s’accrocher à leur minot comme des moules no-lives à leur rocher, peinent à obtenir : les enfants français savent rester à leur place (ils dorment la nuit, ils se tiennent au restaurant) et n’empiètent pas (trop) sur la vie des parents. L’auteur donne donc des méthodes « douces » et aimantes pronées par quelques spécialistes et beaucoup de ses copines (parisiennes du 16eme, a priori) pour y parvenir, en occultant les aspects moins funs de l’éducation française pourtant encore bien présents, j’ai nommé les violences physiques et verbales.
Si j’avais parlé à ma collègue des fessées, des mises au coin, de cette mère française cet été qui hurlait à son fils de 5/6 ans en rentrant de la plage : « Mais ferme ta bouche de merde. J’en peux plus, tu m’énerves!!! Dès que tu ouvres ta bouche, tu m’énerves. Alors, vas-y, noie-toi, sois nul à l’école, comme tu veux, mais ferme ta bouche de merde! », ou cette employée de la crèche de Lavande en Provence qui se croyait en droit de crier à des petits de 1/2 ans : « Mais ils sont cons ces petits. Ils comprennent rien! Tu leur dis de pas prendre le tuyau et ils le font. Mais ils sont cons, c’est pas possible! », je ne suis pas sûre que l’éducation à la française en serait sortie autant grandie.

Mais là n’est pas (vraiment) le sujet.

Comme Choupette vient de fêter ses 10 ans (!!!), j’ai eu envie de raconter L’événement qui a changé ma vie de maman

En tant que parent, j’ai fait un sacré chemin!
Je ne suis vraiment, vraiment pas fière de la mère que j’ai été pour Grandounette quand elle était toute petite. Je reproduisais bien sagement le modèle d’éducation à la française mentionné plus haut qui était le seul modèle que je connaissais : les câlins étaient rares, les remontrances sévères et fréquentes pour la moindre broutille.
Heureusement, je n’étais pas heureuse dans ce rôle ultra-strict, je voulais une autre relation avec ma fille que celle que je reproduisais, alors j’ai réfléchi, muri, changé. Mes amies, en devenant maman à leur tour, m’ont montré une autre voie. J’ai suivi un atelier sur les relations parents-enfants. Et quand Choupette est née, j’étais prête, j’étais une autre mère pour elle, et par conséquent pour Grandounette. 

Mais bien avant, il y a eu le dr Afarian (son vrai nom, pour la toute première fois dans ce blog)!!! 
Un psychologue pour enfants? Non
Un spécialiste de l’éducation? Non plus, encore qu’il a 3 enfants lui-même
Un pédiatre? Même pas !

Non, le dr Afarian était mon gynéco (et aussi le promoteur de notre premier appartement acheté à Mine-en-Provence, mais c’est une autre histoire).
Bébé-Grandounette avait quelques mois, je le voyais pour une visite de contrôle. J’étais en plein baby-blues ;  c’était la canicule (remember summer 2003), je ne pouvais pas sortir Bébé-Grandounette avant 9 heures du soir, il faisait 35 degrés dans l’appartement et 42 dehors ; Bébé-Grandounette ne dormait pas de la journée ; je ne pouvais plus faire mon travail de traductrice sereinement parce que Bébé-Grandounette pleurait sans cesse ; j’étais épuisée ; quand j’appelais LHomme au travail pour pleurer je me faisais envoyer balader au bout de 5 minutes parce qu’il me fallait arrêter de l’importuner quand il était au boulot ; LHomme n’était disponible pour rien alors je me tapais tous les rendez-vous de médecins, y compris les miens, seule avec Bébé-Grandounette qui hurlait dans son maxi-cosy ;  je ne voyais plus personne parce que tous nos copains me semblaient habiter à l’autre bout de la Terre maintenant qu’il fallait me déplacer partout avec un semi-remorque d’affaires ; et pour enfoncer le clou, belle-maman ne cessait de demander de mes nouvelles en mode Lou Ravi « Alors, la jeune maman, heureuse et épanouie? »… sauf que j’étais tout sauf heureuse et épanouie. J’étais perdue et dépressive, j’avais gravement besoin d’aide et de soutien, mais personne ne voulait l’entendre (longtemps après, j’ai vu le film « Un heureux événement » et j’ai pleuré tout du long. Jamais un film n’a à ce point raconté un épisode de MA vie!). 
Donc bref. Quand le dr Afarian m’a demandé comment ça se passait avec mon bébé, je me suis épanchée sur ma difficulté à gérer le quotidien avec un bébé qui ne dormait jamais la journée et réclamait les bras en permanence. Il m’a répondu : « eh bien, prenez-la aux bras, vous n’avez rien de mieux à faire. »
Bien sûr, à l’époque, j’ai compris de travers. J’ai entendu ce que je voulais entendre, `a savoir « vous n’avez rien d’autre à faire » et j’ai pensé à mon ménage, mon travail de traductrice indépendante, les courses, me reposer (accessoirement) et je me suis dit qu’il était fou, que c’était bien un homme, tiens ! et qu’il ne comprenait vraiment rien à ma vie, ce gros abruti.
Il m’a fallu longtemps, plusieurs années en vérité, pour faire mon chemin et donner tout son sens à sa phrase. Mon gros regret sera toujours d’avoir mis si longtemps à faire sens de ses mots si sages qui auraient dû me faire tout changer dans la seconde.
Effectivement, je n’avais rien de MIEUX à faire que câliner mon enfant qui venait de naître, la rassurer et l’aimer très fort. Et même plus : de toute ma vie, je n’aurais JAMAIS rien de MIEUX à faire que d’aimer mes enfants le plus fort possible, les serrer dans mes bras et leur dire que je les aime. Tout le reste est accessoire.

Et pour ne pas l’oublier dans la grande course du quotidien, je pense à Jade, Nathan, Adrien, Antoine, Vincent, Mira, Daniel, Diego ou encore Stephen… Je pense à leurs parents qui n’auront jamais plus la chance de les serrer dans leurs bras et je me dis que la seule façon pour moi de supporter l’idée d’un tel vide est de m’assurer de rater le moins possible d’occasions de dire à mes filles que je les aime et qu’elles sont mes trésors.
Je me rappelle que je ne serai peut-être pas là demain pour dire à mes filles tout le bien que je pense d’elles. Donc je le dis tout de suite, souvent, parce que c’est urgent.

Voilà. Je ne suis guidée par aucun autre modèle, français ou américain, que ce seul précepte.
Merci, dr Afarian, sans le savoir vous avez changé ma vie.

Choupette a eu 10 ans et cela fait 10 ans qu’elle rend ma vie chaque jour un peu plus belle, et que je le lui dis.
Vas-y, tu peux pleurer…

9 septembre, 2017 à 08:47 | Commentaires (1) | Permalien


Lotso et Marijuana

Voici un an que j’ai changé de lieu de travail, et je me rends compte que je ne t’ai jamais raconté Lotso, ma collègue à JustForGirls High, et Marijuana, la chef de département. Et c’est dommage, parce que c’est (presque) rigolo !

Ainsi donc, Lotso détestait Marijuana, qui le lui rendait bien.
Et voilà comment mes problèmes relationnels avec Lotso se sont retrouvés envenimés bien comme il faut par celle qui aurait dû les résoudre, à savoir notre chef. Car quand une malade de l’insécurité qui compense par un despotisme né de son désir infini de contrôle rencontre une excentrique pas très nette qui fait la girouette, il y a malheureusement des dommages collatéraux.

Lotso, pour ne te donner qu’un exemple, elle m’a fait ça :
En octobre, il y a eu la journée portes ouvertes (j’en avais parlé ici). Je te jure qu’à cette époque je n’avais été que gentillesse, compréhension et patience avec elle, malgré déjà ses nombreuses remarques pour le moins malvenues à mon égard. Je précise dès fois que tu te dises qu’elle aurait pu se venger de quelque chose que je lui aurais faite ou dite.
La veille, Marijuana m’avait demandé ce que je comptais apporter. J’avais répondu la vérité crue, à savoir « rien. Pourquoi, faut apporter quelque chose? ». Et Marijuana de me dire que ce serait sympa d’apporter des décorations françaises… Mon cerveau s’était mis en ébullition et j’avais commencé à penser à ce que j’avais chez moi qui pourrait correspondre à cette description. Forcément, j’avais trouvé des tonnes d’idées. Cela dit, connaissant déjà la tendance totalitaire de Lotso, j’avais eu le bon sens de lui demander son avis par email en lui envoyant la liste des objets/livres/déco que je comptais apporter. Lotso travaillait dans cette école depuis 15 ans et c’était ma première journée portes ouvertes. Si elle m’avait dit de ne pas me casser la tête, que les parents voulaient surtout voir les livres et poser des questions sur le voyage en France, je lui aurais fait confiance. Mais non !!! Lotso m’a répondu « ça me semble bien ».
Donc, le dimanche matin, je me suis mise en route en mode « donkey » avec un sac à dos plus gros que moi rempli de la moitié de la maison nouchienne… sauf que quand je suis arrivée dans le gymnase, la table pour le français était couverte des affaires de Lotso, qui avait débarqué aux petites heures du matin et vidé sa salle de classe sur la table pour être bien sûre qu’il n’y ait plus de place pour mes affaires. Il n’y avait pas UN centimètre de libre !
Comme elle n’était pas à son poste quand je suis arrivée, j’ai entrepris de pousser délicatement ses affaires pour insérer les miennes comme je pouvais. Du plus loin qu’elle m’a vue en revenant, elle s’est mise à brailler que je fichais en l’air toute sa présentation et que les parents n’allaient plus voir les choses importantes, et elle m’a fait tout remballer sauf un écriteau (« this one I like. it can stay. »).

Voilà voilà… Lotso dans toute sa splendeur !

Pendant plusieurs mois, j’ai encaissé les petites et grosses vacheries remarques de ce type sans rien dire en pensant sérieusement que le problème venait de moi. En janvier, à mon soulagement, les langues autour de moi ont commencé à se délier : travailler avec Lotso était difficile et bon nombre de personnes dans l’école me plaignait secrètement, sachant que la plupart des profs de français avant moi n’avaient pas tenu plus de 2/3 ans.
J’ai alors eu le tort de commencer à m’épancher, moi aussi, et notamment à Marijuana, qui attendait ce moment avec impatience telle la hyène guettant la caracasse fumante de l’antilope. Jusqu’alors, sachant sans doute que Lotso creuserait sa propre tombe, elle était effectivement restée en retrait. Ce qui est tout à son honneur, il faut lui reconnaître au moins ça.
Par contre, à partir du moment où elle a compris qu’elle avait trouvé en moi une alliée contre Lotso, elle a
 pris à coeur de mettre de l’huile sur le feu.
Pendant plusieurs mois, elle m’a écoutée et encouragée à me plaindre sans pour autant jamais proposer de solution autre que parler avec d’autres victimes de Lotso (en gros, bitcher par derrière) autour d’un café : elle n’a jamais parlé à Lotso, elle n’a jamais imposé que nous discutions pour mettre les choses à plat, elle n’a jamais été voir l’administration pour rapporter mes propos… bref, il me semble qu’elle a omis de remplir sa fonction, qui était de trouver une solution pour que tout le monde puisse travailler ensemble.

Au contraire, avant de partir à la retraite, Marijuana s’est dit qu’il fallait frapper un grand coup et enterrer à jamais la mince chance que Lotso et moi parvenions un jour à communiquer et collaborer.
Voici donc son chef d’oeuvre : le département de langue possédait un disque de stockage commun pour mettre tous les cours. La prof que j’ai remplacée y avait, comme il se doit, sauvegardé tous ses cours. J’aurais donc dû pouvoir y puiser à volonté pour m’aider dans mes préparations… sauf que le dossier Français avait mystérieusement disparu avant mon arrivée.

À chaque réunion du département, soit une fois par mois minimum, Marijuana a fait en sorte de remettre le sujet sur le tapis, à coup de   »c’est quand même étrange que ce dossier ait disparu », « non mais quand même, il n’y a QUE le français qui a disparu. En espagnol, tout est là ! C’est vraiment très bizarre » et autres petites phrases du même type que, dans ma naïveté, je n’ai pas cherché à analyser ni à comprendre. Au fond, je me fichais un peu de ce fichu dossier car je doute que j’en aurais eu l’utilité. Il n’est pas franchement aisé de faire les cours d’un autre prof : on n’a pas le même style, le même rythme, l’envie de parler des mêmes choses… Je ne nie pas que ça aurait pu me rendre service de temps en temps, mais pas au point d’en faire un drame.
Du coup, face à mon manque de réaction, Marijuana a dû passer à la vitesse supérieure. Pour cela, elle a attendu mai, 15 jours avant que je parte avec Lotso en France, alors qu’elle savait pertinemment que ce voyage me pesait au possible vu mes bonnes relations avec Lotso et que j’aurais donné n’importe quoi pour ne pas y aller. 
Un beau jour, elle m’a donc invitée à marcher avec elle dans le quartier, à la pause de midi. Que veux-tu répondre à ta chef qui t’impose te propose d’aller faire un tour pour discuter? À part un « OK » hésitant et lourd de questionnement, je ne vois pas trop. Et c’est là, entre deux bouchées de son sandwich, qu’elle a lâché la bombe : Lotso avait elle-même effacé ce fichu dossier ! Lotso le lui avait même avoué en mars!
 À l’époque, ça faisait plutôt sens, je voyais même pourquoi Lotso aurait agi ainsi : détestant la prof précédante qui lui avait fait des remarques sur son accent américain et ses fautes de français, elle aurait très bien pu effacer le dossier pour s’assurer que je n’aie jamais accès aux cours qu’elle avait créés, et reprendre en main la façon d’enseigner le français dans l’école. Franchement, ça ne paraissait pas hallucinant.
De plus, je ne voyais pas bien l’intérêt qu’aurait eu Marijuana à mentir sur une telle chose.

Si je n’avais pas été aveuglée par un sentiment de haine féroce (Ça dépassait largement les bornes de ce que je pouvais accepter de la part de Lotso !), j’aurais vu tout de suite ce qui clochait dans l’affaire : si le dossier avait été effacé exprès, comment se faisait-il que Marijuana ne soit pas allée voir la direction pour dénoncer ce qui me semble bien être une grave faute professionnelle ? S’il s’agissait d’une erreur, pourquoi m’en parler tout court ? Et pourquoi m’en parler hors de l’école? Sans Lotso présente pour s’expliquer/se défendre/s’excuser? Pourquoi avoir attendu mi-mai? 

Comme nous partions en voyage 10 jours plus tard et que je n’avais pas eu le temps de digérer la nouvelle (associé à quelques faits mineurs comme : on partait le jour de mon anniversaire à 4 heures du matin et Lotso ne me l’a même pas souhaité, c’est même moi qui lui ai offert un café pour l’occasion et qui ai apporté des snacks pour les élèves ; quand je suis arrivée à l’aéroport le groupe était déjà en train d’enregistrer les bagages sans moi malgré nos 3 heures d’avance qui permettaient de m’attendre 10 petites minutes ; Lotso avait imposé qu’on partage une chambre pour limiter le budget et elle avait oublié de mentionner le fait qu’elle ronflait comme un tracteur malgré une pharmacie entière et un écarteur de narines pour essayer de limiter les dégats, etc.), il va sans dire que j’ai chopé Lotso à la première occasion, que je lui ai démonté la tête et arraché les yeux en guise de confrontation !
V’là pour l’ambiance dès les premiers jours d’un looooong voyage de 15 jours ! Marijuana pouvait être fière d’elle-même.

Lotso a nié en bloc. Mais Lotso ment comme elle respire, pour tout et n’importe quoi. Elle fait partie de ces menteurs qui parviennent à se convaincre qu’ils disent la vérité, et donc ne savent même plus qu’ils mentent.
Elle a pleuré toutes les larmes de son corps, ça m’a même presque fait de la peine. Quand je lui ai demandé pourquoi diable Marijuana aurait inventé une telle histoire, elle m’a répondu « parce qu’elle est folle ! » avant de se rétracter avec horreur (quand tu es américaine, tu ne dis pas ce genre de choses !).
C’est malgré tout sur ses mots que j’ai commencé à douter moi aussi de la santé mentale de Marijuana et à réaliser que toute cette histoire sentait gravement mauvais. Ce soir-là, tout m’est apparu sous un jour nouveau (un peu comme dans un Shutter Island/Sixième Sens/Usual Suspects réel !). En repassant le film de mes trop nombreuses entrevues avec Marijuana pendant lesquelles elle n’avait cessé de faire la clim réversible, il m’a semblé assez évident que Lotso touchait du doigt une vérité plus que plausible.

Au final, je ne saurai sans doute jamais la vérité. Je m’en fiche un peu, à vrai dire.
Toujours est-il que le département de français (Lotso et moi) ne s’en est jamais relevé malgré les efforts louables de notre nouvelle chef de département pour régler le problème l’année suivante, que j’ai quitté mon poste avec joie et soulagement, que je ne veux plus jamais avoir à croiser la route de Lotso et encore moins celle de Marijuana.

13 juillet, 2017 à 03:40 | Commentaires (2) | Permalien


I bet my life

Une fois n’est pas coutume, un petit post pendant les vacances.
Pour le récit des aventures de Snif en Islande, il va falloir attendre un peu que toutes les photos soient centralisées et triées… mais ça viendra. Patience, lecteur.

Je voulais par contre écrire sur une chose très personnelle : la relation avec nos parents.
Bien sûr, je ne peux pas prétendre que ce soit la même chose chez tous les expatriés. Je sais juste que c’est comme ça chez moi, famille communicationnellement dysfonctionnelle s’il en est, et chez pas mal de copines aussi.

Quand on s’expatrie, la relation avec les parents change immanquablement. Exprimé pleinement, à demi ou pas du tout, il s’installe un certain ressentiment à double-sens: ils nous en veulent de partir si loin, on leur en veut de nous en vouloir. Après tout, la vie moderne est ainsi faite que les bonnes opportunités ne peuvent pas toujours se présenter au coin de notre rue. On leur en veut aussi de ne pas se réjouir plus pour nous, ou de faire semblant de se réjouir par devant pour mieux se plaindre de la situation par derrière (comme ça, quand on croise leurs copains, les voisins, le reste de la famille, la coiffeuse ou la dame de la boutique de vêtements, on a le droit à « Ah, c’est vous l’ingrate qui avez brisé le coeur de votre pôpa/môman en partant en Californie? »). On leur en veut de nous faire sentir coupables d’être partis alors qu’on est assez grands pour se culpabiliser tous seuls, surtout moi!, merci (Oui, on a pris les nouchettes, seuls petit-enfants des 2 familles et on les a emmenées vivre à 10 000 kilomètres. Non, la décision n’a pas été facile à prendre non plus. En même temps, doit-on, Lhomme et moi, baser toutes nos décisions pour notre famille en fonction des choix de vie de nos frères et soeurs, dont nous ne sommes nullement responsables?)
Bref, il s’installe un mélange à moitié non-dit de ressentiment et de peur (et s’il nous/leur arrive quelque chose si loin de la famille ?) de part et d’autre qui pourrit progressivement un peu plus les relations.

À cela s’ajoute le fait que les visites changent : elles se font, de fait, plus longues et plus envahissantes. Rendre visite à ses enfants/parents implique de s’installer avec armes et bagages pendant un bon moment et d’empiéter sur le quotidien des autres, avec tout ce que ça implique de sentiments négatifs (jugement sur la façon dont les choses sont gérées chez les autres, occasion parfaite de laisser filtrer un peu de ce ressentiment et cette peur dont j’ai parlé plus haut à coup de petites remarques passives agressives bien senties -spécialité des Nouche-).
Bien sûr, on pourrait en parler, crever l’abcès. Ça ne serait pas forcément une partie de plaisir, mais on se sentirait peut-être mieux après. J’aimerais bien dire à mes parents que je les comprends plus qu’ils ne le pensent. J’aimerais bien entendre qu’ils me comprennent plus que je ne le pense. Mais bon, ça ne se fait pas, chez nous, de parler (on verra d’ailleurs si ce petit morceau de déballage intime déclenche une réaction dans la vraie vie).

Du coup, les grandes vacances pour nous sont souvent synonymes de grandes tensions, surtout lorsque tout le monde se retrouve dans un trop petit appartement à la mer ou la montagne, chacun observant/jugeant l’autre à loisir, chacun mal à l’aise dans son rôle de parent/grand-parent, ayant toujours l’impression de mal faire et en faisant donc 10 tonnes trop pour compenser, ce qui exacerbe encore plus les frictions.
C’est triste à dire, mais on rentre souvent en Californie avec un sentiment intense de soulagement et suffisamment d’arguments d’y rester pour au moins quelques mois.
Jusqu’à ce que le manque s’installe, la peur d’être loin, qu’il leur arrive quelque chose, qu’il nous arrive quelque chose, la culpabilité de les avoir privés de voir souvent leurs petites-filles, la culpabilité de priver les filles de grandir près de leurs grands-parents… Alors, on se rappelle qu’on les aime, qu’ils nous manquent. On aimerait le leur dire. C’est sans doute réciproque. Mais ça non plus, chez les Nouche et les Lhomme, ça ne se dit pas de parents à enfants… dès fois qu’on s’y habitue, sans doute. (Je fais d’ailleurs en sorte de casser au moins ce moule-là avec les Nouchettes. Je fais peut-être toutes les autres erreurs possibles et imaginables en tant que mère, mais je dis à mes filles, le plus souvent possible, que je les aime, qu’elles sont belles et que je suis fière d’elles et de ce qu’elles accomplissent.)

Voilà. Tu me diras comment c’est, pour toi, avec tes parents. C’est pareil ou il y a effectivement un facteur « expatriation »? 

Ma vie est souvent rythmée de chansons qui reflètent mes sentiments. 
Jusqu’à il y a peu, je n’avais jamais trouvé de chansons qui parlent de la relation adulte entre parents et enfant. Alors, merci Dan Reynolds pour celle-ci: 
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(Imagine Dragons qui sera d’ ailleurs le premier concert de toute la famille Nouche en octobre. À part que je vais y croiser 98% de mes élèves, si j’en juge par le nombre de loustics qui me disent que c’est leur groupe favori, j’ai hâte de faire cette expérience en famille.)

7 juillet, 2017 à 01:58 | Commentaires (0) | Permalien


40 ans… Pan, dans tes dents !

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2 juin, 2017 à 08:44 | Commentaires (2) | Permalien


Commencement

Eh oui, la fin de l’année s’appelle « commencement ». Logique !

Le (la?) « commencement », c’est la cérémonie de remise des diplômes à la fin des études, et c’est très important. Je suppose qu’initialement, c’était majoritairement pour les universités, voire les lycées, mais maintenant il y en a même une à la fin du collège et du primaire (avec moins de decorum, cela dit).
Cette année, c’était donc ma 3eme remise de diplôme en tant que prof.
Laisse-moi te raconter un peu…

D’abord, mes erreurs de débutante, comme toujours :
- La première année à JustForGirls, comme je n’enseignais pas aux dernières années et que je ne connaissais aucune des filles qui obtenaient leur diplôme cette année-là, j’avais naïvement demandé à ma chef si j’étais obligée d’y aller. Sa réponse a été on ne peut plus limpide (pour une fois) : « ne pas y aller, c’est signer ton arrêt de mort ». OK…
- Toujours la première année, une fois que j’ai compris que je n’y couperais pas, dans un élan d’inconscience de générosité, j’ai failli proposer aux beaux-parents, qui étaient en visite chez nous, s’ils voulaient m’accompagner. En tant qu’ex-profs d’anglais, je me disais qu’ils aimeraient peut-être y assister. Heureusement que je ne me suis pas avancée de la sorte, car les places sont en fait vendues aux familles, avec tarif indexé sur le confort et la visibilité, si bien que les beaux-parents n’auraient même pas pu entrer dans la salle.
- Cette année, fière de mon  expérience à JustForGirls high school, je croyais tout savoir et être prête. Sauf que, forcément, ça ne se passe pas pareil à JustForBoys high school. Ainsi, voici 1 semaine, j’ai découvert que je n’aurais pas dû jeter sans les lire la dizaine d’emails « If you need a gown » reçus en décembre car ils n’étaient pas destinés aux élèves comme je le pensais, mais bien aux profs. Eh oui, le jour de la remise des diplômes, les profs sont en toge à JustForBoys high school.
Généreusement, on m’en a donc prêté une. Basique. Noire. Avant de voir les toges des autres profs, tout allait bien. Mais quand je me suis vue toute seule dans ma toge toute noire, j’ai failli m’asseoir par terre et me mettre à pleurer. Parce qu’en fait, la forme de la toge dépend de ton diplôme (licence, maîtrise, thèse) et chaque prof porte les couleurs de son université. Soit pour moi un rappel cinglant que je suis étrangère : ma maîtrise compte pour une licence ici (donc je suis systématiquement sous-payée), et Nanterre n’a bien évidemment pas de couleurs. Même l’année prochaine, quand j’aurai répondu aux emails pour commander ma propre toge, je serai condamnée à une toge basique et noire, parce que je ne rentre pas dans les cases.
Je sais, on s’en fiche un peu. Mais dès fois, se sentir à ce point pas à sa place, c’est difficile, surtout avec la fatigue de fin d’année.
Heureusement, j’ai des collèguqes en or qui sont venus à la rescousse pour me remonter le moral et me trouver des couleurs d’une université inconnue à porter, histoire de ne pas trop dépareiller.

Allez, assez de mes mésaventures, en avant pour le récit du déroulement des étapes clés de la cérémonie : 
- Défilé des élèves (en toge avec le petit chapeau carré rigolo) qui se placent aux premiers rangs de l’assemblée, par ordre alphabétique afin d’assurer une remise des diplômes rapide et efficace.
- Défilés des profs qui s’asseoient aux places qui leur sont réservées
- Hymne national, chanté avec plus ou moins de bonheur par un élève (c’est qu’il n’est pas évident, l’hymne américain!)
- Discours du principal
- Présentation des élèves qui ont reçu des prix
- Discours du major de la promotion (valedictorian, qu’on l’appelle)
- Remise des diplômes : les élèves sont appelés un par un. Pour que ça ne dure pas 3 heures, point d’amateurisme à la française : la cérémonie est répétée le jour d’avant, les élèves savent quand se lever, où se placer, à quelle vitesse serrer la paluche de la principale, et la lecture des noms se fait à un rythme soutenu pour que les 400 (eh oui!) élèves reçoivent leur diplôme en moins d’une demi-heure.
- Discours du président
- Bénédiction (école catholique oblige)
- Et enfin, le moment que tout le monde attend avec impatience, le lancer de chapeau carré rigolo!
- Les profs fuient, les familles s’attardent un peu pour prendre des photos avant d’aller faire la méga-fête teintée de joie, de fierté et d’un peu de tristesse car Chouchou va quitter le nid et partir à l’université, parfois très loin, l’année prochaine.
Le tout dure 1 heure 30, montre en main, à la seconde prêt.

Concluons sur la différence notable entre une remise des diplômes dans une école pour filles et dans une école pour garçons.
Chez les filles, on note un intéressant rapport taille de la robe/hauteur des talons : plus la robe est microscopique, plus les talons sont vertigineux. Le problème étant qu’elles n’assument ni l’une (une fois la toge enlevée), ni les autres (qui freinent immanquablement le rythme de la remise des diplômes puisqu’il faut attendre que chaque demoiselle se déplace à petits pas peu assurés, que certaines se tordent les chevilles tous les 10 pas et que la malchanceuse du lot s’empêtre dans le tapis et passe 5 longues minutes à se déchausser/rechausser devant toute une assemblée impatiente avant de pouvoir repartir).
Les garçons n’ont pas de problèmes de tenue, mais apparemment il est capital de trouver un truc original à faire pour se faire remarquer dans les 10 secondes de défilé entre l’appel de leur nom et l’arrivée sur le podium, quand tous les yeux sont braqués sur eux. 10 petites secondes de rien du tout pour passer à la postérité, pour le pire ou le meilleur.
Il y a ceux pour qui ça marche et qui t’arrrachent un sourire : celui qui vient avec des chaussures à roulettes, le premier qui fait un selfie, celui qui hurle « Mom, I did it, I graduated ». Et il y a ceux pour qui ça marche moins bien, et qui regretteront sans doute : le malchanceux qui glisse et tombe, le trentième qui fait un selfie, les 25 qui dabent, les 18 qui s’essaient à des marches rigolotes (n’est pas John Cleese qui veut).
Parfois, la simplicité a du bon.

Je ne sais pas si on se dit toujours ça au bout de la 30eme remise des diplômes, mais je trouve ça émouvant et toujours aussi fascinant à observer.
Mais surtout, ça veut dire que l’année scolaire est TERMINÉE, et c’est bien ça le plus important !

27 mai, 2017 à 17:02 | Commentaires (1) | Permalien


VACANCES !!!!

Rien d’autre à ajouter : ça y est, c’est fini!!!
Plus que la cérémonie de graduation samedi matin (pour laquelle j’ai découvert qu’il me fallait une toge !), et je pourrais oublier le nom de mes élèves, lire des livres, regarder tous les films stockés dans ma playlist depuis un an, mettre les doigts de pied en éventails…

25 mai, 2017 à 13:35 | Commentaires (2) | Permalien


Ma vie, mes tweets 2

Quand tu es super fière de toi parce que tu as pensé à prévenir le maître de Choupette de son absence la semaine prochaine (et que tu t’énerves même un peu intérieurement parce que tu n’as pas de réponse) et que tu réalises que tu lui as envoyé un message entièrement vide (sans titre, sans contenu, sans rien!), c’est le signe très net qu’il te faut des vacances, non?

12 mai, 2017 à 19:14 | Commentaires (1) | Permalien


Ma vie, mes tweets

Quand tu pars au boulot trop tôt le matin et que tu tapes « Go Home » sur ton GPS, c’est le signe très net qu’il te faut des vacances. Non?

10 mai, 2017 à 18:27 | Commentaires (0) | Permalien


Et soudain, la lumière…

Lecteur, je suis à ce stade de l’année où j’en ai marre de créér des cours. Il faut que tu comprennes que je crée des cours non stop depuis 7 ans : pour ma première année de prof d’anglais débutante en lycée, pour ma première année de prof d’anglais débutante en collège de ZEP, pour mon nouveau niveau en collège l’année suivante, pour mes remplacements en français arrivée ici, pour mon premier poste de prof de français à mi-temps, pour ma deuxième année en tant que moisissure derrière le frigo (voir Dilbert) prof de français à mi-temps puisqu’on avait changé de manuel et que tout ce que j’avais créé l’année d’avant a fini à la poubelle, et cette année pour mon premier plein temps.
Bref, j’en ai ras le bol de créér des cours.
Je te l’annonce tout net, l’année prochaine, je ne fais RIEN !!! Je reprends les mêmes cours, mots pour mots, je fais les mêmes blagues aux mêmes endroits. Si je suis de bonne humeur je daignerai peut-être changer un ou deux trucs pour les débutants vu comme mes cours étaient pourris et qu’ils n’ont rien compris de l’année, mais ce n’est même pas sûr ;-) .

Mais bref. Voici qu’arrive (enfin!) à grands pas la fin de l’annéescolaire californienne et mon poil dans la main me démange.
Alors, au lieu de créér de nouvelles leçons complètes pour les derniers jours, je bouche les trous : un film par-ci, un goûter par-là, une présentation orale faite par les élèves, une session de révisions pour les examens finaux… Tout ce qui se prépare en 5 minutes et comble une heure de cours en faisant sembler de bosser.
Donc, pour mes français 3 que j’aime d’amour et que ça fait mal à mon petit coeur que seulement 8 d’entre eux vont continuer l’année prochaine, je me suis dit qu’il fallait célébrer la fin de leurs années d’apprentissage du français.
Et que je pourrais les faire « travailler » sur Place des Grands Hommes, de Patriiiiiiiiick : ils ont vu Le Prénom en début d’année et ont adoré, et ça me donnera l’occasion de leur faire inventer leur futur dans 10 ans.
Et voilà-t-y pas que je découvre que je n’avais jamais compris les paroles de cette chanson. Trop intellectuelle pour moi, sans doute.
Plus exactement, je n’avais jamais compris cette histoire de « pomme ». Tu sais, « même jour, même heure, même pomme ». Mon interprétation foireuse, c’était que, quand ils étaient étudiants, ils mangeaient des pommes sur les escaliers de la place et que ce serait leur moyen de se reconnaître, un truc du genre.
J’ai honte, mais il m’a donc fallu 20 ans pour comprendre une chanson de Patrick Bruel !
Car   »pommes » est au pluriel : « mêmes pommes » = mêmes visages.
Purée, j’ai honte ! 

4 mai, 2017 à 15:25 | Commentaires (1) | Permalien


A voté…

Finalement, on nous a simplifié la vie et on a pu aller voter samedi dans une école française à Palo Alto, et non à San Francisco comme je le craignais, sans même faire la queue pendant des heures.
On a même eu, étrangement, les résultats de notre bureau de vote le samedi soir.
Donc, l’occasion d’avoir confirmation que les français de l’étranger votent majoritairement à droite : Emmanuel Macron était laaaargement en tête (plus de 500 votes sur 850 votants environ), mais Fillon était second (220 votes à peu près).
Très loin derrière, Mélenchon (40 votes), Hammon (30 votes) et Le Pen (28 votes) se partagaient les miettes.

De cette journée, pourtant, il reste un petit sentiment de nausée, en regardant les scores de Marine Le Pen à Lavande-en-Provence (et un peu partout en France, d’ailleurs).
Franchement, français de France, si tu veux un président isolationniste avec des idées réacs, on te prête le « nôtre ». 4 ans, c’est beaucoup trop pour un seul pays, si grand soit-il, on peut partager un peu. Ce n’est pas la peine d’en élire une rien qu’à toi pour 5 ans.

Finissons par le petit moment de fraicheur familial du 22 avril.
Choupette, en mode écolo : Aujourd’hui, c’est Earth Day !
L’Homme, en mode réaliste : Oui, et pour fêter ça, on vient de faire 100 kilomètres en voiture pour 5 minutes au bureau de vote!

23 avril, 2017 à 18:56 | Commentaires (5) | Permalien


Reading or driving…

Non, lecteur, je te rassure, je ne lis pas pour de vrai derrière mon volant.
Mais, puisque je passe plein de temps dans ma voiture, il faut bien que je me divertisse.
Et les routes américaines ont ceci de formidables qu’elles offrent plein de possibilité de lecture sur les voitures elles-mêmes.

Il y a d’abord les « bumper stickers », autocollants que certaines personnes collent en quantité sur leur pare-choc et qui te permettent d’en apprendre un peu plus sur le/la propriétaire de la voiture : ses opinions politiques (Hillary for president, Obamination, Irish people with O’Bama, Feel the Bern…), les endroits touristiques où il/elle est allé(e), sa famille, ses combats personnels (Meat is murder, Keep Surf-City weird, Brown is the new green -pour la sécheresse qui doit quand même aller mieux cette année vu toute l’eau qui est tombée du ciel sur ma route la Californie du Nord depuis décembre-), ses préférences animales (Wag more, bark less), ses amis ou membres de sa famille décédés (Never forget/Always remember John Doe), ou encore les résultats scolaires de ses enfants (Proud parent of an Honnor Student at Whatever School).

Si ta curiosité n’est pas suffisamment assouvie, tu peux alors entreprendre de lire le porte-plaque d’immatriculation.
Certains égoïstes n’en ont pas et te privent donc de lecture.
Une majorité des voitures qui possèdent un porte-plaque n’ont pas d’humour ont tout simplement un porte-plaque publicitaire du garage où ils ont acheté leur voiture (c’est le cas de la famille Nouche, qui fait ainsi la pub pour Pacific JapaneseCars depuis 5 ans sur les routes californiennes).
Mais certaines personnes achètent des porte-plaque personnalisés, ce qui permet de poursuivre ton enquête de profilage. 
Généralement, tu apprends dans quelle université/collège/école le conducteur a fait ses études car la plupart des porte-plaque en font la promotion : Standford Alumni, Juggling and Performing Art College Alumni…
Et parfois, il se glisse sur les porte-plaque un petit message personnel : I’d rather be hiking, This truck just used all the gas your Prius saved…

Enfin, tu peux t’amuser à un petit jeu rigolo avec les plaques d’immatriculation.
La première étape consiste à trouver de quel état vient la voiture devant toi et à jalouser sa jolie plaque car les plaques californiennes sont moches.
La deuxième étape, pour booster tes neurones, consiste à essayer de comprendre les plaques personnalisées (et continuer à en apprendre plus sur la personne qui conduit la voiture).
Ici, tu peux avoir ta plaque personnelle, contenant 7 lettres ou symboles, du moment que ce n’est pas jugé insultant. 
Pour que leur immatriculation tienne en 7 lettres, les américains font donc preuve d’imagination, souvent en enlevant certaines lettres. Du coup, tu peux passer une petite partie de ton trajet à comprendre les jeux de mots et à deviner la personnalité de la personne qui a fait immatriculer sa voiture  XXCLNT (crâneur de 17 ans. Première voiture. En rira quand il aura 35 ans), EBNFLOW (surfeur), WYRUSH (prof de yoga), SCMNTNS (randonneur), LMN TRT (rigolo, mais si sa prochaine voiture n’est pas jaune?), ILV2EAT (moi aussi, moi aussi !!!), DICKNS (prof de lettres)…

Bref, on ne s’ennuie pas tant que ça sur les routes américaines.

14 avril, 2017 à 10:44 | Commentaires (0) | Permalien


Don Quichotte

Ou comment se battre contre des moulins…

Voilà l’histoire.
Nous sommes arrivés voici 5 ans. Choupette était en Kindergarten et a dû commencer à apprendre à lire dans une langue qu’elle ne maîtrisait pas du tout.
On se disait que ce serait plus dur pour Grandounette, et en fait ça a été plus compliqué pour Choupette, à tous les niveaux (social, scolaire…).

Depuis, Choupette est à la traîne. La situation s’arrange toujours en fin d’année, ce qui nous laisse espérer qu’elle a grandi et comprend mieux ce qui se passe en classe… et puis le début de l’année suivante arrive et c’est de nouveau l’angoisse. Choupette stagne en queue de peloton et on s’inquiète de toutes ces choses qu’elle devrait maîtriser et qui sont loin d’être acquises.

Alors, l’année dernière, j’ai commencé à demander à la maîtresse si on ne devrait pas la faire tester pour des difficultés d’apprentissage. Elle m’a dit non. J’ai écouté sagement.
Mais Choupette est en CM1 désormais, l’écart se creuse et les apprentissages se font plus sérieux.
Alors, cette année, j’ai redemandé. Et cette fois, Mr C m’a dit de lancer la procédure.

Et voilà comment nous sommes désormais Don Quichotte et Sancho Panza, à lutter contre des moulins à vent pour tenter d’aider notre fille.

D’abord, on a écrit à l’école, car ce genre de tests passe par eux.
On a rencontré tout le comité en charge des élèves en difficulté, et on nous a expliqué pourquoi Choupette ne pouvait pas bénéficier de tests. Vois-tu, lecteur, Choupette n’a pas 2 ans de retard sur les apprentissages. Donc, pour que ton enfant soit testé et aidé, il faut qu’il ait déjà coulé corps et bien et qu’il n’y ait plus d’espoirs.
Mais pour Choupette, il n’y a pas lieu de s’inquiéter car ses tests standardisés officiels qui mesurent en long large et travers les performances des élèves à des fins statistiques prouvent bien qu’elle est presque au niveau de fin de CE2 (mi-CM1) et qu’elle fait des progrès. Par la même occasion, on nous a expliqué également, dans un élan contradictoire de toute beauté, que ces tests, sur lesquels sont pourtant basés les décisions, sont à prendre avec des pincettes : la preuve, la maîtresse de l’année dernière a fait refaire le test de maths à Choupette 3 fois pour obtenir un résultat potable. Voilà qui est rassurant !
Bien sûr, comme toujours, le nerf de la guerre, c’est l’argent : ces tests de détection des difficultés d’apprentissage coûtent chers et si un diagnostic est établi, il incombe à l’école de prendre en charge l’enfant en lui offrant une aide spécialisée, alors tout est bon pour écoeurer les parents et les dissuader de poursuivre la procédure.
Si cela ne suffisait pas, Mr Frizzy, le principal, y est allé de son petit discours nauséabond sur l’effet négatif qu’un étiquetage « special education » pourrait avoir sur Choupette alors qu’elle finira certainement par apprendre à compenser.
Donc, pour Choupette, l’école a la solution parfaite : la coller devant un ordinateur pour faire un programme de remédiation en maths et en lecture, à raison de 2 séances d’une demi-heure par jour pris sur le temps de cours. Je sais bien qu’on cherche à aider ma fille, mais je reste sceptique. 
La réunion s’est terminée sur un refus de l’école à faire tester Choupette, la promesse d’une nouvelle réunion en mars et de quelques tests supplémentaires en lecture.

En février, nous avons vu notre nouvelle pédiatre (nouvelle assurance, nouveau réseau, nouveaux médecins) qui n’était guère surprise par la réaction de l’école et nous a conseillé d’insister, nous faisant même une lettre de soutien.

Dans la foulée, j’ai recontacté Mr Frizzy pour savoir où en étaient les tests et la réunion promis par lui-même en janvier.
Pour résumer sa réponse en peu de mots : rien de plus n’a été fait et l’école ne fera plus de diagnostics pour cette année. De toute façon, les derniers tests tout pourris standardisés en date prouvent bien que Choupette progresse, alors pourquoi s’inquiéter.

Nous sommes désormais obligés d’attendre l’année prochaine sans grand espoir que la situation ne bouge parce que Choupette n’est effectivement pas à ce point en difficulté. Mais avec un peu d’aide, elle aurait peut-être les résultats qu’elle mérite. Et avec une explication médicale de ses difficultés, elle pourrait peut-être s’enlever de la tête qu’elle est bête :-( . Mais pour ça, il faudra sans doute attendre qu’elle ait sombré en classe. Super! 

16 mars, 2017 à 09:57 | Commentaires (2) | Permalien


Français, chaque vote compte…

… mais ceux des français qui vivent à l’étranger, pas tant que ça en fait.

Voilà comment le gouvernement français facilite la vie des expats : 
- Le vote par Internet a été annulé en raison des risques trop élevés de cyberattaques. Jusqu’à présent, ça se passait bien, mais il faut croire qu’en 2017 ça n’est plus possible.
- L’annonce que le vote par Internet ne sera finalement pas possible t’arrive le 3 mars.
- Les inscriptions pour le vote par correspondance sont fermées depuis le 1er mars. Il paraitrait qu’ils travaillent sur une extension, mais pour l’instant rien d’officiel. Tu l’as donc dans le baba.
- De toute façon, le vote par correspondance n’est possible que pour les législatives, pas pour les présidentielles. 
- Sinon, tu peux venir voter en personne dans ton bureau de vote, feignasse que tu es… c’est à dire le consulat de France de San Francisco pour la Californie du Nord, l’Alaska, Hawaii, l’Idaho, le Montana, le Nord Nevada, l’Oregon, l’Utah, l’état de Washington et le Wyoming. 
- Ou tu peux bien sûr venir t’inscrire en personne pour voter par procuration, feignasse que tu es… au consulat de France de San Francisco pour la Californie du Nord, l’Alaska, Hawaii, l’Idaho, le Montana, le Nord Nevada, l’Oregon, l’Utah, l’état de Washington et le Wyoming. 

3 heures de route aller-retour avec 2 enfants à trimballer pour aller voter, à 2 semaines d’intervalle. La France se passera donc de mon vote.
Bonne chance avec Marine, compatriote.
Je décline toute responsabilité dans ce résultat tragique. 

8 mars, 2017 à 10:04 | Commentaires (0) | Permalien


Dans les embouteillages

Ainsi donc, je « commute » 5 jours par semaine.
27 miles. Ça devrait me prendre 45 minutes.
Mais: 

- Devoir partir chaque jour 2 heures plus tôt pour être sûre d’être à l’heure au boulot -> Check
- Arriver quand même en retard au boulot malgré mes 2 heures d’avance -> Check
- Mettre moins de temps à faire demi-tour et ajouter 15 miles à mon trajet par une petite route de montagne paumée dans les redwoods que de rester sur la route et attendre de pouvoir passer après un accrochage -> Check
- Mettre 5 heures pour faire 10 miles, renoncer et faire demi-tour pour aller dormir à l’hôtel à cause d’un glissement de terrain qui a bloqué les 2 voies de l’AE17 -> Check
- Mettre 6 heures à rentrer chez moi à cause de la police qui cherche un braqueur de banque et a besoin pour cela de bloquer l’AE17 dans les 2 sens pendant 12 heures -> Check

À part une catastrophe naturelle qui détruirait complètement l’AE17 et me bloquerait à l’école pendant des semaines, j’ai du mal à voir ce qui pourrait arriver de pire, désormais. Je crois qu’en 6 petits mois, j’ai tout vu sur cette route de l’enfer!

27 janvier, 2017 à 09:00 | Commentaires (3) | Permalien


There will be snow…

Salut lecteur,

Tout d’abord, bonne année 2017 à toi, tes amis et ta famille.

Je te raconte : 5 ans de soleil californien, c’est un peu beaucoup.
La famille Nouche a donc eu l’idée lumineuse d’aller se geler à la montagne pour le jour de l’an. Je peux te dire que le contrat a été plus que rempli parce qu’on a bien pris la neige dans la face, 3 jours durant !
Il a même tellement neigé qu’on a gagné une journée supplémentaire à la montagne vu que notre vol a été annulé (ainsi que les 3 jours précédant notre retour, et les 2 jours depuis notre retour. En gros, on a eu chaud, on a bien failli être coincés, coincés++ là-bas).

Mais bon, la question météorologique n’est pas la plus importante. Il faut bien reconnaître que, du coup, on a skié une super neige. 
Notre Grand Organisateur familial, l’Homme, avait donc porté son dévolu sur Lacs Mammouth, dans le parc de Yosemite. Et ce fut un bon choix car la station est splendide : nichée à 2300 mètres d’altitude (c’est haut!), la station est très vaste (cela dit, c’est une opinion personnelle parce que les américains la trouvent petite) mais bien dissimulée dans les arbres.

Alors, ça donne quoi de skier aux US?
Voilà quelques différences :
- C’est spécifique aux Lacs Mammouth, bien sûr, mais tu skies sur un volcan actif. Le minuscule aéroport est situé dans la caldéra d’un énorme volcan qui est entré en éruption pour la dernière fois voici 200 ans. 
Il y a donc des sources chaudes un peu partout, et des failles qui crachent du CO2 qui tue les arbres (et potentiellement les gens si tu restais trop longtemps dans ces endroits-là).
- Je crois que cela fait longtemps que je n’ai pas mentionné les prix légèrement plus élevés qu’en France pour à peu près tout : 150 dollars pour un forfait d’une journée (et les américains ne voient pas trop l’intérêt des tarifs dégressifs), 50 dollars par jour pour louer des skis et des chaussures… Forcément, du coup, quand tu as payé ton forfait, tu vas skier, même s’il fait moins 20, un vent à décorner les boeufs et que toute la neige du ciel te tombe dessus.
- Il n’y a pas de pistes rouges : il y a du vert, du vert/noir, du bleu, du bleu/noir, du noir et du double-noir.
- Il n’y a pas de panneaux sur le bord de la piste pour t’indiquer que tu es sur une double-noire quand tu pensais avoir pris la piste bleue. Les pistes sont annoncées par des panneaux indicateurs en haut des pistes… et après, c’est un peu plus flou, dans la mesure où les pistes se croisent et qu’il n’est pas forcément simple de lire le nom et la couleur de la piste vers laquelle tu te diriges quand tu skies en pleine tempête de neige.
- Le plus étonnant, pour moi: il n’y a pas de garde-fou sur les vieux télésièges. Du coup, les américains n’ont pas l’habitude de baisser le garde-fou quand il y en a un. Quand le vent se lève, il devient assez difficile de ne pas se sentir bien peu de chose assis « dans le vide » à 15 mètres du sol.

En tout cas, ça faisait du bien de passer quelques jours à la montagne.
Je termine par te donner l’occasion de te cultiver avec un peu de vocabulaire que j’ignorais moi-même il y a encore 5 jours.
Un télésiège : a chairlift
Un téléski : a platter lift
Un télécabine : a gondola
le ski de fond : cross-country skiing
une piste : a trail
un forfait : a ski pass
Damer une piste : to groom a trail

Enfin, quand les enfants apprennent à skier, on leur dit de faire la « pizza » pour freiner et les « French fries » pour accélérer. Eh oui, c’est l’Amérique !

 

8 janvier, 2017 à 18:59 | Commentaires (3) | Permalien


Eux, ils te disent si t’es cool…

« L’evaluation c’est pas toi qui la fais, eux y t’disent si t’es cool »… Les Fatals Picards

Voici enfin la fin du semestre, synonyme d’examens finaux et de vacances toutes proches (mercredi 21 à midi !!). Les profs seraient donc presque heureux, si cette période de l’année ne rimait pas aussi avec une joyeuseté : les Students perception surveys.
Oui, à la fin du semestre, on demande à tes classes leur avis anonyme (sinon c’est pas drôle) sur toi et tes cours. Oui, on fait croire aux élèves que leur avis compte.
Oui, on te demande de lire les résultats car tu y apprends tellement sur toi et ta pratique en lisant ces conneries commentaires, tu peux te remettre en question (car tu as besoin qu’un élève te dise que ton activité orale qui a fini en punition collective était mal conçue pour t’en rendre compte) et réorienter ton enseignement.

Oui, sans doute qu’un jour on s’y fait et on sait prendre leurs commentaires « with a grain of salt », comme disent les profs aguerris. Mais en attendant le jour où tu arrêtes de les lire la sagesse l’emporte, tu te retrouves surtout à ne retenir que les commentaires haineux et négatifs et à regarder tes classes d’un œil torve pendant 3 semaines en te demandant qui est la sale petite ordure qui a écrit que « rien de ce qu’on fait en classe n’est utile ».

Comment peut-on faire croire à des gamins de 15 ans qu’ils savent de quoi ils parlent et qu’ils sont en position de juger l’enseignement qui leur est dispensé ?
Laisse-moi te donner un petit aperçu de ce que j’ai dû lire sur mon compte par le passé :
-  Du minable : des gamines qui ont demandé via ces évaluations que l’école me vire (Genre l’école va virer un prof qu’elle a mis 2 mois à recruter après 4 épreuves et entretiens différents juste parce qu’E. le dit).

– Du minable bis : des élèves qui ont dit que je n’étais pas compétente dans ma matière !!! C’est clair que je balbutie tout juste le français.
- Du ridicule: J’ai eu une élève qui a dit que l’activité qui lui avait le plus appris dans l’année était… voir Le Petit Nicolas !
- Des conseils précieux 
sur l’enseignement des langues : il ne faut plus faire d’activités orales parce que certains en profitent pour faire les idiots au lieu de bosser. 

Bref, ils confondent tout. Ils t’aiment bien, et tout est formidable. Ils ne t’aiment pas, et tout ton cours est nul.
Les activités efficaces sont celles qui les amusent. Les activités inutiles sont celles qui les barbent. Alors que, malheureusement, bien souvent dans la réalité d’une classe, c’est plutôt l’inverse.
Tout cela ne me gênerait guère, dans la mesure où ça ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes, si je pouvais tout simplement ne pas avoir à faire semblant de m’en soucier.

Comme une grosse niaiseuse, par le passé, j’ai consacré une-demie heure de classe à me justifier et justifier chacune des mes activités, et à me fixer des objectifs basés sur les quelques commentaires à sauver.

Cette année, je change de méthode : la lecture des résultats se fera avec un grand verre de vin. Hips ! Et il ne sera fait aucune mention de ces fichues enquêtes en classe.
Même joueur joue encore… et si ça te plaît pas, tu n’as qu’à changer de langue, c’est pas le choix qui manque (va donc voir en latin si tu peux ne pas savoir ce qu’est un complément d’objet direct, va donc voir en mandarin si c’est plus facile d’apprendre à écrire le vocabulaire, va donc voir en espagnol si la grammaire est rigolote, va donc voir en langue des signes si y’a pas aussi du vocabulaire et de la syntaxe à apprendre, qu’on rigole).

 

 

18 décembre, 2016 à 10:38 | Commentaires (4) | Permalien


Les vrais/faux de l’enseignement catholique

L’enseignement public californien m’ayant claqué la porte au nez, j’ai dû mon salut à l’enseignement privé.
Pur produit de l’enseignement public, ardente partisane de l’éducation gratuite, peu portée sur la pratique religieuse, tu pourrais te dire que j’ai parfois un peu du mal à me regarder dans la glace tant le conflit entre mes opinions et les lieux où j’ai bossé/je bosse semblent s’opposer.

Voici donc un petit vrai/faux pour te prouver que l’enseignement catholique n’est pas forcément celui qu’on croit. Faut dire quand même qu’on est en Californie, ce qui change sans doute pas mal la donne… et que toutes les écoles ne sont pas comme les 2 que j’ai fréquentées (remember « les fadas de StrawberryCity« )
Si tu as des questions auxquelles je n’ai pas répondu, n’hésite pas à les poser dans les commentaires.

1) Une école catholique, c’est que pour les catholiques
FAUX. Si priorité est donnée au moment des inscriptions aux élèves catholiques, l’école est ouverte à toutes les religions, sans discrimination.
Toutes les croyances sont respectées et les prières et textes choisis pour les cérémonies religieuses sont suffisamment générales pour permettre à chacun de s’y retrouver.

2) Dans une école catholique, y’a une messe par semaine
FAUX. Une messe par trimestre environ, je dirais.

3) Dans une école catholique, y’a la prière au début de chaque classe
FAUX. Une prière par jour, sauf si le professeur veut commencer son cours par une prière.

4) Une école catholique, ça coûte bonbon
VRAI. On a vu pire (une école du coin demande 40 000 dollars par an et par enfant), mais c’est de l’ordre de 18 000 dollars par an. Néanmoins, l’école offre les frais de scolarité à toutes les familles qui ne peuvent pas payer. Les enfants sont acceptés sans connaître les possibilités financières des familles, et l’école offre ensuite de l’aide à toutes les familles qui en ont besoin.
Donc, non, en face de moi, je n’ai pas que des gosses de gros richards, loin de là.

5) Dans une école catholique, y’a que des blancs
FAUX. 53% des élèves sont effectivement « caucasiens », comme on dit ici. Mais il reste 47% de mixité ethnique. On a vu mieux. On a vu bien pire.
Non, tous mes élèves ne sont pas blancs, loin de là.

6) Dans une école catholique, on n’enseigne pas ce qu’on veut
C’est un peu VRAI…mais c’est un peu FAUX aussi. Disons qu’on nous demande de respecter les enseignements catholiques.
Mais bien sûr, on respecte les programmes aussi. Dans ma classe AP, on va passer une partie de l’année à parler « quête de soi » et « vie de famille », donc ça passera par discuter de l’homosexualité et du mariage pour tous. En biologie, bien entendu qu’on enseigne la théorie de l’évolution. 
De plus, si on y réfléchit bien, les grands principes catholiques reposent sur l’amour et l’acceptation… Et comme les 2 écoles où j’ai travaillé sont tournées vers l’action (ce qui va également dans la mouvance très américaine du bénévolat), il en résulte surtout que ces écoles s’investissent dans un grand nombre de programmes locaux, nationaux ou internationaux pour venir en aide aux plus démunis.
Une école qui fait le bien et qui apprend aux élèves à se soucier d’autre chose que leur petit nombril, je ne vois vraiment pas ce que j’aurais à redire à ça!

7) Dans une école catholique, on a l’esprit étriqué
FAUX :
- L’année dernière, le prof de théâtre a monté Chicago. On a connu plus moral (et plus vêtu), comme comédie musicale. Il y a bien eu quelques sourcils levés par rapport au choix, mais tout le monde s’est surtout accordé pour dire que c’était l’une des meilleures productions de l’école!
- Il y a un club « alliance gay/straight »
- On n’a pas montré la porte à la jeune fille qui s’est retrouvée enceinte l’année dernière. Elle a au contraire reçu tout le soutien possible pour pouvoir continuer ses études dans les meilleures conditions possibles. 

Voilà, donc, pourquoi je m’accomode au final assez bien de mon école (et celle d’avant). Je n’ai, en fait, pas grand chose à leur reprocher. 

4 décembre, 2016 à 20:44 | Commentaires (2) | Permalien


Denial

Lecteur, j’ai décidé de faire l’autruche face à un événement capital de cette année. Je vais juste prétendre que ça n’existe pas, je ne vais rien lire dessus et sûrement que si je ferme les yeux suffisamment fort et longtemps ça disparaîtra.

De quoi que je parle? De l’élection de Trump ? De la nommination de Fillon comme candidat de la droite en France? De la possible confrontation Le Pen/Fillon au second tour des élections présidentielles en mai?

Eh ben non !
Lecteur, cette année, la Science Fair est obligatoire pour Choupette!!! Enfer et damnation !

29 novembre, 2016 à 11:06 | Commentaires (4) | Permalien


Pendant ce temps, en Californie…

Les californiens ayant eu la bonne idée de voter pour la légalisation du cannabis, on va pouvoir fumer toute la journée pendant les 4 prochaines années et prétendre que rien de ce qui s’est passé hier n’est réellement arrivé…

9 novembre, 2016 à 17:17 | Commentaires (0) | Permalien


Melancholia

Ce jour où tu exhumes « Entre gris clair et gris foncé » dans tes CD et que tu réalises que tu connais encore les 18 chansons par coeur alors que tu n’as plus écouté Goldman depuis qu’il écrit pour Zaz 20 bonnes années (et je ne parle pas des chansons connues -Là-bas, Puisque tu pars… mais de Doux, Quelque part Quelqu’un, Filles faciles…).

Et toi, ce serait quoi, ton album nostalgie?

27 octobre, 2016 à 07:40 | Commentaires (3) | Permalien


Trump’s agenda

Salut lecteur,

Je réalise que je te sursaoule avec mes histoires de boulot alors que le monde entier à les yeux tournés vers les Etats-Unis avec un mélange inédit d’amusement, d’incrédulité et d’effroi. Nous sommes aux premières loges et pourtant je ne t’ai pas encore causé des élections.

Ici, c’est un sujet sensible car être républicain cette année signifie soutenir Trump, ce qui n’est pas une mince affaire.
Cela dit, être républicain dans les parages a tout l’air de tenir du gros secret honteux. Je n’ai personnellement pas rencontré un seul spécimen local, que ce soit dans mes relations ou au travail. 
D’ailleurs, si les primaires ne s’étaient tenues que dans notre coin de Californie, j’ai peu de doute qu’Hillary Clinton ne serait pas la représentante des démocrates. Je pense sincèrement que Bernie Sanders l’aurait emporté.

Mais bon, on ne refera pas l’histoire et nous voilà donc comme tout le monde dans l’attente des résultats du 8 novembre en se fendant la poire avec les faux-débats du Saturday Night Live et en espérant que les électeurs auront assez de sens commun pour nous éviter 4 ans de Trump.

Ce qui est amusant pour nous, c’est d’entendre les filles parler des élections. Car, lecteur, ça discute sérieusement politique dans les cours d’école, laisse-moi te le dire! Et Trump y est dépeint comme un gros vilain moche et effrayant qui va tous nous renvoyer dans nos pays d’origine fissa (ce qui n’est peut-être pas si éloigné de la réalité, en fait).
Mais il y a pire : en fait, on ne pourra pas rentrer en France, ni même continuer à aller travailler dans la Silicium-Vallée, car Trump a un plan spécial pour nous : il va construire un mur autour de Surf-City pour nous empêcher d’en sortir !!! (source officielle : Choupette Lhommesdaughter, 4th Grader, WonderfulSchool Elementary, Surf-City, California)
Il n’a pas tort, on n’est jamais trop prudent avec tous ces hippies qui veulent légaliser la marijuana, qui considèrent que le summum du fun c’est soit de patauger pendant des heures dans une eau glacée sur un morceau de bois et de rentrer chez toi en sentant le kelp à plein nez, soit de se tordre dans des positions bizarres sur fond de musique indienne, et qui n’ont plus mangé de hamburger depuis 1974 (pas vegan, pas gluten-free, contient trop de glucides, trop de protéines animales et pas assez de protéines végétales, trop d’acidité, pas assez de nutriments, pas assez de kale) !

 

 

21 octobre, 2016 à 08:59 | Commentaires (0) | Permalien


Meet my loustics…

Ouah, 2 articles en 1 semaine !  On ne m’arrête plus!

Malheureusement pour toi, 2 articles sur mon boulot… Mais tu auras compris que cette année, mon boulot prend une grosse place dans ma vie,  pour mon premier plein-temps depuis des lustres.

Laisse-moi donc te présenter quelques-uns des loustics qui peuplent mes classes, par niveau. Je commence par le moins rigolo :
- En Français 1, j’ai Jackson. À la réunion parents-profs, sa maman est venue me parler de ses problèmes de santé. J’ai bien compris que ça n’avait pas l’air bénin mais, je l’avoue,  je ne savais pas encore très bien qui était Jackson et j’ai surtout retenu qu’il avait des problèmes intestinaux (et qu’à la place de la maman, j’aurais pris rendez-vous individuellement avec les profs plutôt que de raconter ça avec 6/7 parents encore derrière moi qui attendent de se présenter -alors que toi, prof depuis 2 semaines dans cette école, n’as toujours pas la moindre idée de qui est leur fiston- avec des choses bien plus anecdotiques à raconter - »on a été en France cet été » (dingue!), « il est ravi d’avoir une prof francophone » (ben on verra s’il sera toujours ravi quand il aura sa première mauvaise note en contrôle), « Vous avez des conseils de films à regarder sur Netflix? » (non parce qu’ils sont tous classés Restricted, à croire qu’on ne sait pas faire un film en France sans montrer une paire de nichons)…)
Malheureusement, les problèmes de Jackson sont si conséquents que j’ai dû bien vite me souvenir de ma conversation avec sa maman.
Ça n’allait déjà pas bien fort niveau intestinal, mais très vite il a commencé à s’endormir en classe, à se plaindre de vertiges… jusqu’au mail qui nous a enfin officiellement fait la liste de tout ce qui peut lui arriver et de quoi faire dans chaque cas. Mail que j’ai imprimé et surligné pour avoir toujours sous le coude. Oui, ça peut être à ce point grave. 
Depuis le début de l’année, Jackson a manqué bon nombre de cours, dormi dans bon nombre d’autres, est sorti pour aller en urgence aux toilettes bien plus que de raison et a été opéré d’une hémoragie interne pendant un week-end :-( . Son état est même si visiblement mauvais que les autres, qui ont ri bien fort comme de gros imbéciles immatures les 2 premières fois que Jackson s’est endormi et que je l’ai envoyé faire un petit tour dans le couloir pour se réveiller, ne rient plus du tout.
C’est la première fois pour moi que j’ai face à moi un gamin malade, et mon coeur de maman se serre quand je pense à ce qu’il endure pour mener une vie un tant soit peu normale et à quel point se lever chaque matin pour aller à l’école doit être une torture. Je ne peux qu’espérer qu’il soit dans une mauvaise phase de sa maladie et qu’il aille bientôt mieux, qu’il se fasse des super copains pour qu’aller à l’école soit synonyme de rire beaucoup et se changer les idées avec des problèmes de son âge.

Allez, pour les autres niveaux, c’est plus fun :
- Dans mes classes de Français 2, j’ai Khaled : leader positif naturel, il fait tout avec le sourire d’une oreille à l’autre. Khaled imite à merveille l’accent français quand il parle anglais mais il a surtout un bon gros accent pied-noir quand il parle en français (très bien). Ça me donne envie de me marrer systématiquement!
J’ai aussi un autre Jackson qui adoooooooore le français. Il écoute de la musique en français, regarde la télé en français… et même les débats Clinton/Trump sur la télé française ! Jackson est le seul élève à avoir l’air ravi quand je leur dis qu’on va passer un bon bout de temps dans l’année à étudier le passé composé parce que c’est un chouia compliqué avec tout plein d’exceptions à la noix.
Enfin, j’ai John (1 parmi les 5 d’une même classe. Je crois qu’on peut en conclure que c’etait assez populaire comme prénom voici 15 ans), qui sert de guide aux collégiens qui viennent découvrir le lycée. Autant les autres guides traînent leur hôte de la journée au mieux dans l’indifférence, au pire comme un boulet, autant John est le meilleur guide possible : un vrai grand frère! Et ça doit se savoir qu’il accueille les pitchouns comme un pro parce que l’école lui en a confié 90 depuis l’année dernière, soit quasiment un par jour du programme!
- En Français 3, j’ai Hamilton. Aaaaaahhhhhh, Hamilton !!! L’élève / gendre idéal (est-il trop vieux pour Grandounette????) : coiffure impeccable, petites lunettes d’intello, visage parfait, membre du club des jeunes démocratres, il approuve la moindre niaiserie qui sort de ma bouche d’un grand « oui » de la tête.
Ne le cachons pas, j’adore cette classe (parce que contrairement à mes Français 3 de JustForGilrsHS qui subissaient leur 3eme année imposée dans la souffrance, eux ont choisi de faire une 3eme année de français), mais ils sont parfois assez bavards.
Heureusement, Hamilton est là pour émettre un « chuuuuuuuuut » bien sonore quand il me voit sur le point de partager mon savoir ou mes précieux conseils !
Je ne me suis jamais sentie autant écoutée (et c’est presque un peu flippant).

- En Français 4AP, j’ai Abel, qui est timide au possible. On sent bien que chaque phrase qu’il prononce, en français ou en anglais, lui coûte.
Pourtant, il a prononcé LA phrase qui a sans doute à elle seule contribué à me faire embaucher : à la fin de mon audition (petite leçon de 30 minutes devant une classe et un monceau de grosses huiles -principal, vice-principal, chef du département des langues, prof sur le départ-), avant même que j’aie quitté la salle, dans un élan de spontanéité incroyable, il avait déclaré à son prof qui passait à côté de lui, suffisamment fort pour que tout le monde l’entende : « Je veux que ce soit ma prof l’année prochaine » (<= explosion de chevilles!). Merci Abel! J’espère qu’il n’a pas trop de regrets maintenant que je suis devenue sa réalité quotidienne.

Enfin, il y a Damien. Il a un de ces noms de famille trop beau pour être vrai, comme un mauvais pseudo de starlette de cinéma : Ruby ! Damien est totalement bilingue, ayant un parent français et ayant été scolarisé en établissement français jusqu’en seconde. Du coup, il est arrivé dans ma classe avec la nette impression que tout allait être facile pour lui. Comme je n’ai pas grand chose à lui apprendre, soyons honnête, mon rôle consiste donc surtout à faire un peu de dégonflage de melon.
Cela dit, je compatis : il doit s’ennuyer assez ferme et je n’ai pas vraiment le temps cette année de m’occuper de lui personnellement en lui filant du travail plus complexe (<= dégonflage de chevilles).

16 octobre, 2016 à 09:18 | Commentaires (1) | Permalien


Une journée de prof aux Etats-Unis

7h10 : Arrivée au lycée, si j’ai de la chance et que l’AE17 n’était pas bloquée à cause d’un accident (collision avec un camion, une voiture, une moto, un arbre ou un cerf). Je prends mon petit-déjeuner dans ma salle de classe en regardant mes emails perso, agreg-ink et allociné. Si je quitte la maison après 6h15, je ne suis pas sûre d’arriver à l’heure tant le traffic devient dense et les accidents nombreux. Donc, je me lève à 6h, je m’habille et je pars… et j’arrive au lycée avec une heure d’avance. Yeeeaahhhh!!!

7h35 : Je me mets un peu au boulot pour préparer ma journée, faire des photocopies…

7h50 : les collègues affluent en masse vers la machine à café située dans la cuisine, idéalement située à côté de ma salle, occasion unique pour moi d’aller bavarder.

8h15 : La sonnerie retentit, le marathon commence avec la première heure de cours.

9h15 : deuxième heure de cours. Quand j’ai des élèves, je suis immanquablement interrompue par la prière que j’oublie systématiquement. Je me tais, ils se taisent, je surveille qu’ils ne font rien d’autre que prier ou faire semblant de pendant que je lutte pour ne pas en profiter pour faire un de ces milliers de trucs que tout prof a toujours dans un coin de sa tête (entrer l’appel avant d’oublier, envoyer un email à un collègue pour une question ou à un parent pour se plaindre de son minot, regarder la leçon pour se rappeler où on en est avec la classe, vérifier ce qu’on leur a dit de faire comme devoir avant de passer pour une niaiseuse en affirmant qu’ils devaient faire l’exercice 5B p8 alors que non…). Mais bon, ça ferait mauvais genre de leur imposer de se concentrer et de ne pas respecter moi-même mes propres consignes. Donc, je m’abstiens en zyeutant mes post-its et mon crayon pour pouvoir m’en saisir dès la prière terminée et noter les milliers de trucs que je ne dois pas oublier de faire.

10h15 : Si c’est mon heure de trou, je bosse : corrections, planifications des leçons suivantes.
Si c’est ma semaine de chance, je suis de « corvée » de remplacement : 8 semaines par an, je dois assurer des remplacements en cas d’absence d’un prof pendant une de mes heures de trou quotidiennes. On me siffle et j’accours préviens par email et je me rends dans la salle d’un collègue. Je fais l’appel comme je peux parce que je n’ai pas la liste des élèves de la classe et je cherche si le prof a eu la gentillesse de laisser des instructions sur quoi faire faire aux élèves en son absence. Normalement, c’est un travail en autonomie car, quand même, il faut être réaliste, tout le monde n’est pas qualifié pour faire un cours de chimie ou de religion.

12h15 : Déjeuner !!!
Mais si on est lundi ou mercredi, je reste dans ma salle pour assurer mes « office hours »: 2 heures par semaine, je dois me tenir à disposition de mes élèves (s’ils étaient absents, s’ils ont loupé un quiz, s’ils ont des questions…). Et tu sais quoi ? Ben, le français, pardon my French, ils n’en ont un peu rien à carrer et je ne vois pas souvent l’ombre d’un élève.
Et si on est jeudi, joie et bonheur, je dois aller me planter à la sortie du lycée pendant 20 minutes pour m’assurer que le troupeau de gamins affamés qui se précipite au petit snack idéalement situé en face du lycée ne traverse pas comme de gros idiots en dehors des clous. C’est mon « lunch duty », une fois par semaine. Tu comprendras aisément que je n’ai pas hâte de voir arriver le mauvais temps et qu’il me faudra faire le poireau armée de mon parapluie en guise de paratonnerre pour bien risquer l’électrocution les jours d’orage. 

12h55 : c’est reparti pour un tour jusqu’à 2h45 : 1 heure de cours, 1 heure de trou, ou l’inverse.
Mais impossible de filer à l’anglaise trop souvent une fois les cours terminés. Mon contrat stipule que je dois être sur les lieux de 8h00 à 3h30 tous les jours. Donc, après les cours, j’ai de nouveau mes offices hours 2 jours par semaine. J’en profite pour bosser.

4h30 : je suis normalement de retour à la maison. 
Je m’écroule sur le canapé, je sors mon ordinateur… et je bosse. Eh oui, j’ai voulu un plein temps avec 5 niveaux différents, j’ai donc du boulot à plus que plein temps pour 5 niveaux différents.

Au total, j’assure 4 heures de cours par jour, tous les jours. La plupart des journées comptent 6 heures de cours, sauf le mercredi qui n’en a que 5.

Heureusement, il y a le vendredi : aaahhhh, le vendredi!!!
Déjà, il n’y a personne sur la route : je peux me lever plus tard, prendre mon petit-déjeuner à la maison comme un être humain normal et être quand même sûre d’arriver à l’heure, car le californien aime aller camper les week-ends donc reste bosser chez lui le vendredi pour pouvoir partir en week-end le plus tôt possible. Rien ne sent plus la fin de la semaine pour moi que manger mes tartines à la maison !
1 vendredi sur 2, je trouve aussi ma feuille de paye dans mon casier, ce qui me rappelle que je ne fais pas tout ça pour rien. S’il me restait du peps, j’irais volontiers m’acheter un truc pour m’auto-récompenser. Mais mon niveau d’énergie étant au plus bas, je me contente de signer le chèque et de laisser l’Homme l’encaisser.
Ensuite, le vendredi, certes on n’a que 20 minutes pour manger… mais on finit à 1h20 !!! Ce jour-là, point de contrat qui tienne, je me barre ! Libertééééé!
Généralement, je rentre, je me bouge encore pour aller chercher Choupette au volley-ball vu que c’est le seul jour où je peux le faire de la semaine et je m’écroule sur le canapé dans un grand râle pour binge-watcher Chasseurs d’appart, à la consternation de l’homme. 
Mais, crois-moi, je ne suis plus en état de faire quoi que ce soit d’autre.

Maintenant, malgré la fatigue, je dois bien dire que j’adore mon boulot, j’adore mes collègues et j’adore mes élèves. C’est parfois très marrant d’enseigner uniquement à des garçons :
- Quand mes 3emes années captent tout tellement vite qu’on couvre le subjonctif en 2 cours, le tout dans une ambiance sympa et relax (parfois même un peu trop) 
- Quand je contrôle les devoirs et que je prends conscience du nombre de mes gamins qui ont les ongles manicurés et que je suis prise d’une envie monumentale de rire
- Quand j’essaye de faire un plan de classe pour les 1ères années et que je m’arrache les cheveux : non seulement il faut que je sépare les copains qui sont incapables de se tenir s’ils sont ensemble (car les 1ères années ont certes l’âge de nos 3èmes en France, mais ici il n’y a pas de filles pour apporter un semblant de maturité. Donc, ça fait une classe de 25 rigolos de 15 ans avec une capacité de concentration maximale de 2 minutes 23 secondes), mais je dois aussi tenir compte du fait que la puberté n’a pas encore frappé tous ces loustics. Il me faut donc en plus faire attention à ne pas placer les gaillards de plus d’1m80 et 90 kilos devant les poids-légers d’1m55 pour 35 kilos
- Quand le père P me dit « c’est rien que des grands couillons : ils ont faim tout le temps, ils n’arrivent toujours pas à marcher sans trébucher, ils sont maladroits… mais, pour la plupart, c’est des gentils gamins »… et qu’il a raison
- Quand je dis à ma classe à examen d’éviter la formulation « je suis excité de vous rencontrer » parce que « je suis excité » prend très vite un sens un peu sexuel qui ne colle pas trop avec l’examen et qu’ils deviennent tout rouge et tout gênés.
- Quand je constate que mes nénettes de JustForGirlsHS étaient plus débrouillardes (avec la technique, avec les devoirs… avec tout, en fait). Gnak gnak gnak !!!

 

9 octobre, 2016 à 18:02 | Commentaires (2) | Permalien


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